dimanche 24 juillet 2016

Hardrock 100 : sur-réaliste et incroyable !



Quand je me suis inscrit à la fameuse loterie, il y a un an en juillet, c’était d’abord pour le fun de dire « je suis inscris à la loterie ». Et puis pour le fun, calculons la probabilité : 1 chance sur 114… oui oui ça fait moins de 1% de chance…. 

J’arrive à Silverton 6 jours avant le départ, je découvre cette toute petite ville perdue au milieu du Colorado à 2835m d’altitude, une seule rue goudronnée, 3-4 autres parallèles mais en terre, et si vous marchez 5min, vous avez traversé la ville entière !! C’est typique d’une ancienne ville minière, c’est intimiste, c’est surtout sur-réaliste d’être ici. Je vais passer la plupart de mon temps avec Jean-François Geiss, autre français de la course, déjà 6 fois finisher… il va me montrer des morceaux du parcours, me parler de presque toutes les parties, me faire rigoler, un vrai régal d’avoir été à tes côtes, énorme merci à toi JF !! 

Mes suiveurs me rejoignent la veille du départ à Silverton, juste au moment au briefing de course, tout le monde est là, je ne comprends quasiment pas un mot avec l’accent anglais, heureusement que j’ai des traducteurs pour me dire quand ils parlent des ours, des rivières, des descentes folles, etc…
On dort à Ouray le soir à 35min du départ, et le vendredi matin c’est réveil 3h, pas énormément dormi, peut-être 3 ou 4h, ça promet quand 2 nuits blanches se profilent…. 

Dans le gymnase à côté du départ, tout le monde est là, coureurs + accompagnants + bénévoles + spectateurs. Ça reste ambiance « intimiste », que 152 coureurs au départ seulement, ça promet de bon moment de solitude ! En passant à côté, Kilian me lance un « bonne course » en me serrant la main, un peu plus tard, je discute avec Anna Frost 3 minutes, elle me demande ce qui s’est passé à Nice…. (c’était seulement qqs heures avant le départ…), puis bonne course ! Je vais saluer Xavier qui est très impatient de prendre le départ… comme tout le monde je pense ! On s’encourage aussi avec Jean-François… qui sait où il va (6 fois finisher), pas moi !!

Un dernier bisou à mes accompagnants, puis on est dehors à l’arrache, avec beaucoup de monde tout autour, on ne sait pas qui est coureur ou non, aucune séparation, pas de ligne ni banderole de départ… puis Dale (directeur de course), lance à voix semi-haute un compte à rebours : 10… 9…. Total freestyle hihi !! Silverton – 6h – 2840m d’altitude – Ciel bleu – 4 degrés – Lets goooooooooooooooooo !!


Partie 1 : Départ Silverton 2840m > KT 3240m : 18,5 km / 1240m+ / 840m - 


Du coup, avec ce départ semblant presque improvisé, je me retrouve devant, bon en même temps ça part vraiment cool, on fait 2 minutes dans la ville avant d’emprunter le chemin qui monte sur 200m de distance. Tout le monde se met à marcher, sauf Kilian à 10m devant moi mais qui est au même rythme, et Xavier un peu plus devant en 1ere ligne juste 20m devant. Puis hop on bifurque à gauche pour un chemin vallonnant pendant 3 km jusqu’à la première rivière. Ça n’avance pas devant, et j’hésite vraiment à suivre pour passer la rivière avec les premiers mais la raison prend le dessus, hélas… !! Ça vallonne donc, dès que ça monte, les gens marchent, ça tombe bien c’est ce que je fais aussi… On longe la route sur un chemin juste au-dessus, avec déjà de jolis passages !

On arrive à la traversée de route, avec beaucoup de monde, juste avant le passage de la rivière, c’est coool tout ce monde, j’entends les premiers « Nice short », je traverse la route et je me retrouve dans le petit chemin boueux juste avant la rivière, je salue le team Asics, puis mes accompagnants juste avant la rivière. Et là, pas le temps de réfléchir, il faut s’y jeter dedans, c’est partiiiiiiiiiiiiiiiit, on tient le fil tendu de chaque côté car le courant et assez important et le fond instable de cailloux, il est 6h20, ça ne réchauffe pas hihi !! A partir de cet instant, je crois que les pieds resteront mouillés un bon bout de temps….

C’est là que va commencer à monter très gentiment, plutôt en faux plat montant d’ailleurs et je me mets à marcher avec les bâtons en rythme. Comme je suis plutôt dans la première moitié, beaucoup de coureurs me doublent assez rapidement, mais pas grave, je prends mon rythme ! J’ai l’impression de gêner les coureurs derrière et de faire des mini wagons de train, je n’aime pas ça, ça me sort de mon rythme, pffff !! On zigzague entre les arbres sur un chemin plutôt agréable, puis un peu plus haut on sort de la forêt et le soleil commence à pointer son nez, c’est trop bon !! J’arrive tranquillement en haut, Jean-François est juste derrière moi et on va franchir ce col Pitman Cataract Ridge ensemble à un peu plus de 3800m. Jusque-là, je ne ressens pas trop l’altitude, il faut dire que la montée n’a pas été très pentu et en marchant, ça limite le truc !!

Le temps de faire une petite vidéo et hop, on attaque la descente. Je reste un moment derrière lui puis décide de descendre un peu plus vite, sans forcer hein, non non, mais juste en prenant mon rythme… je me dis que les descentes vont être une des clés de ma gestion de course…
Cette descente est entrecoupée de 2 petites remontées brèves. Et j’arrive assez vite à KT à 3240m d’altitude, premier point de ravitaillement. Pas énormément de monde, normal ce point n’est pas accessible très facilement aux accompagnants, il faut se garer plus bas, puis monter à pied… Je retrouverai mes suiveurs à celui d’après ! Je prends 3 minutes, le temps de manger 2 bouts de banane, de recharger mes gourdasses. Je regarde le temps de course, oui oui ça va être mon obsession sans cesse de savoir où j’en suis par rapport à la barrière horaire. Et sur ce point, je repars après 3h30 de course, pour une barrière horaire à 6h45 de course… me voilà (légèrement) rassuré !

Partie 2 : KT 3240m > Chapman 3100m : 10,6 km / 750m+ / 850m -


Hopla ça repart avec 200m de plat et hop ça remonte direct. Un chemin single toujours sympa, en balcon pas très raide qui se fait bien, je ralentis mon rythme par rapport à la première montée que j’ai fait un peu trop rapidement à mon goût !! Après un léger replat/descente, on va attaquer les choses sérieuses avec ce col… Je me situe assez bien, par rapport au repérage sur Google Earth, et je sais qu’on va arriver au fameux lac avec une île au milieu. Jean François me rattrape dans la montée, et je le laisse passer devant, il prend son rythme et je ne le suis pas !! 
Quand j’aperçois le lac, je suis impressionné car beaucoup plus grand que ce que j’imaginais… assez somptueux et majestueux ce truc, je ne réalise pas que je suis sur ce sentier-là, à cet instant-là, c’est toujours complètement fou !! La pente s’est augmentée et ça monte vraiment… et voilà que je commence déjà à souffrir un peu… l’altitude se fait sentir, je n’avance pas bien vite pour finir ce col, et bah putain, ça promet !!! Je vous avoue que là je ne fais pas mon malin !! J’arrive très péniblement et bien essoufflé en haut, je suis donc au Grant Swamp Pass à quelques 3950m d’altitude. 
La vue sur ce lac et aussi sur les montagnes autour est assez extraordinaire, et ça remet un peu de baume au cœur !! Mais ça, ça, ça, c’est avant que………….. que je vois la descente !!!! 
Mamamiiiiaaaaa, n’importe quoi !! Un mur, tout droit dans la pente, sans chemin, avec des cailloux, gros, moyens, petits, très petits. Des coureurs galèrent au milieu de ce truc, ça crie toutes les 5 secondes « rockkkkkkkkkkkkkkkkkk » « rockkkkkkkkk » : effectivement, des cailloux plus ou moins gros dévalent à toute allure cette pente où les coureurs sont au milieu, et moi je dois m’y élancer !! Ils sont malades ces ricains franchement !! 

Bon bah, gooooo, j’opte pour la partie plutôt sur la gauche, après avoir regardé 3-4 minutes d’en haut. Je glisse et je m’arrête dans les tas de cailloux « mous », un peu comme du sable, tout en surveillant derrière si des rock ne tombent pas d’en haut. J’arrive à tenir debout, je traverse un peu pour aller plus vers le milieu trouver d’autres endroits « cailloux mous », je m’équilibre avec mes bâtons ! C’est tellement mou parfois que sans bouger les pieds, on descend quand même, comme une mini avalanche qui glisse sous nos pieds. Là j’entends un mec plus bas qui hurle… il semble qu’il se soit pris des cailloux venant d’en haut… yesssss, un conçurent en moins… roooo ça va je blague voyons !! Je peux vous dire que j’adore les descentes, que je suis souvent à l’aise, mais celle-là, j’en ai rarement (voire jamais) faite des comme ça…. Où suis-je ????? Sur la fin, je sens qu’un caillou me tape sur le petit os de la cheville, aiiiiiiieeeee !! 

J’arrive enfin en bas du mur – qui devait faire peut-être une 100aine de mètre de dénivelé. Je m’assois pour retirer mes chaussures et les nombreux cailloux à l’intérieur !! Et hop, je reprends la route, par un sentier single pas très simple non plus, avec de nombreux pierriers à traverser, donc ça je n’avance pas vite, et j’essaye d’être à l’économie, ce n’est que le début…. La fin est un peu plus simple, j’ai retrouvé un peu de souffle, le chemin est mieux et j’entends le son de ma trompetteeeeeee, yesssssss !!!  J’arrive au 2ème ravito de Chapman, avec une rivière à traverser juste avant et je retrouve mon équipe qui est là, ouffff !! 

2h34 pour faire cette partie, il commence à faire bien chaud. Je prends un peu plus de 10min au ravito, et mon équipe est aux petits soins, tellement agréable !! Je mange, je bois, je regarde le parcours et la prochaine partie, je discute. Je suis content car malgré la montée difficile et la descente freestyle, j’ai repris de l’avance sur la barrière horaire et j’ai maintenant 3h45 d’avance !!



Partie 3 : Chapman 3100m >  Telluride 2700m : 15,6 km / 950m + / 1370m –


Je repars du ravito en marchant tranquillement, c’est plat sur 400/500m, c’est cool, je digère le ravito, et hop virage à droite et direct dans la pente… et ça monte bien, bien bien… Je prends mon rythme escargot cool, mais je suis vite, très vite, trop vite de nouveau pas bien. Difficile de savoir pourquoi, mais en tout cas, pas de répit, la pente est importante. J’essaye de trouver un rythme de pas cool, je fais presque du sur-place et je suis mort !!! si si si, je vous assure, et là les premiers « qu’est-ce que je fous ici » arrivent…. Si tôt ? ouhhhh putain, c’est la loooooose !!! Il fait chaud en plus.. Je m’arrête et je m’assois sur un tronc d’arbres, j’essaye de ventiler beaucoup plus pour retrouver du souffle, c’est difficile, je suis qu’à 3500m et il reste plus de 500m positif à monter…… Pendant que je suis assis, je croise 2 photographes français : Alexis Berg (Livre Grand Trail) et David (Pixel En Cime).. On discute 3 minutes, ils redescendent et moi il faut bien que je reparte bordel !! 

En repartant, j’essaye de me donner un rythme de pas, lier à un rythme de respiration très ample et important et un rythme de boire une gorgée d’eau très régulièrement. Et je vais un peu mieux… Pas de là à aller plus vite, faut pas déconner, mais je me sens mieux, enfin, c’est cool. Sur la fin, je trouve la pente un peu moins raide, ça passe mieux mais je ne suis pas non plus loin à l’aise, loin de là ! J’arrive tranquillement au col Oscar Pass, premier col à un peu plus de 4000m d’altitude ! Je préfère ne pas me poser et enchainer direct de l’autre côté. On descend par un chemin en balcon, pas très descendant, avec les premiers névés de neige, ils ne sont pas grands, les pas sont tracés, aucune difficulté. Je marche, ça repose un peu et je retrouve petit à petit mon souffle !! 
C’est parti pour 1300m négatif… J’essaye toujours d’être à l’économie pendant la descente, mais sans perdre trop de temps, il faut que je m’en fasse mon allier (la descente), vu le temps que je passe à souffrir dans les montées…. La descente est longue, mais se fait assez bien (enfin je crois car je ne m’en rappel pas trop…. Hahaha), la fin est un chemin bien large, en faux plat descendant, interminable, avec des parties de plat où je marche, il fait bien chaud, je n’en vois pas la finnnnnnn, et même à plusieurs reprises, je me demande si je suis bien sur le bon chemin… pas de balises pendant 2/3 km alors ça m’inquiète mais je continue d’avancer, un coureur est plus loin derrière moi, bon admettons !!!  

J’arrive au ravito de Telluride où mes suiveurs m’attendent. OUFFFFF, je vais pouvoir me poser un peu. Même rituel, ils sont géniaux, j’ai juste à rester assis sur ma chaise et demander ce que je veux, le tooooop !!!

J’ai fait cette partie en 3h46 et j’ai encore repris 15min sur la barrière horaire… oui oui quand je vous dis que c’est mon obsession !!!! Je suis au 45ème km environ, et vu comment j’ai déjà bien souffert, je redoute terriblement la suite. Je peux vous dire qu’à part le premier col, pour l’instant, pas trop de plaisir, beaucoup de souffrance et ce n’est pas encore le tiers de course, et ça fait déjà 20 bornes que je suis « au mental »….. Imaginez un peu ! Bon ce n’est pas le tout, mais il faut que je reparte après une pause de 23 minutes qui m’aura fait un grand bien avec mes accompagnants. Devant moi, une montée de 1300m positif….

Partie 4 : Telluride 2700m > Ouray 2350m : 26 km / 1340m + / 1700m –


Je repars de Telluride avec ma sœur qui marche à côté de moi pendant 500m, le temps de quitter la route et prendre le chemin qui s’enfonce dans la forêt. C’est repartiiiiiiiiiiiiiiiiit !!
Comme j’ai pris mon temps, que je me suis bien ravitaillé, je suis plutôt bien pour commencer cette montée, ça reste une bonne pente mais bien moins que les 2 derniers cols donc c’est « reposant », je peux marcher sans trop d’effort -enfin !!!!- et gérer mon souffle dès le début. Mais mieux vaut vous dire que mon allure n’est vraiment pas rapide…. Et puis patrata, contrairement à la montée d’avant où j’étais mieux sur la fin qu’au début, là c’est l’inverse, après avoir été pas trop mal sur cette première partie, voilà qu’après avoir dépassé 3500m d’altitude, je me retrouve à nouveau mal, plus je monte, plus je vais lentement, plus je suis mal, difficile d’avancer moins que 1,5 km/h mais il faut que je réduise encore l’allure pour survivre… 
Je commence à m’arrêter régulièrement, toutes les 10min je pense, pour reprendre mon souffle. Pourtant, je peux vous dire que je me force à respirer, fort, ample et en rythme, c’est tellement fort qu’on doit m’entendre 200m plus bas hihihi !! J’arrive très péniblement en haut, à Virginia Pass croyant être « délivré » de cette putain de montée, alors effectivement, ça va descendre un peu, mais pour remonter derrière à la Kroger’s canteen. Je profite de la descente – enfin plutôt du faux plat descendant, pour souffler, et marcher vraiment lentement avant d’attaquer ce nouveau col. Il doit y avoir 300m positif à monter pour y arriver, et ça ne va pas mieux, je suis vraiment au fond du trou à ce moment-là… je m’arrête toutes les 3 minutes, je repars à 1 km/h, je suis mort, je dois de nouveau m’assoir au bout de 4 minutes…. L’enfer est là !! Je m’assois de plus en plus longtemps, 2 minutes, 4 minutes, 7 minutes…. Mais il faut bien le grimper ce truc de merdeeeee (oups désolé !!!). 

Evidemment, je me fais doubler !! La fin est un vrai muuuur tout droit dans la pente avec un terrain instable, pleins de petits cailloux glissant… c’est une véritable peine que de me trainer là-haut… pourtant on entend les cloches, la trompette et les encouragements des bénévoles !! Enfin j’y arrive et je découvre cet endroit unique : c’est un col tellement petit qu’il n’y a presque pas de plat, c’est large de 10m, et ils ont installé un ravito ici, avec des bâches pour couper un peu du vent, des trucs qui chauffent, ils sont fouuuuus !!… Quand je découvre de l’autre côté, c’est tout aussi pentu, un mur qui descend droit devant, avec une corde pour nous aider cette fois ci… la foliiiiie du slip !! J’ai mis 3h36 pour cette montée escargot !!

Bon je me pose 6 minutes à ce ravito, les bénévoles sont adorables, ils nous demandent toujours ce qu’on veut et s’occupent de nous pendant qu’on reste assis, c’est très appréciable, surtout que je ne suis pas au mieux, mais assis, posé, je retrouve mes esprits !! Ils blaguent, ils discutent, il me parle de la France, je ne comprends pas la moitié de ce qu’ils me racontent, mais on rigole ensemble. Bon il faut repartir alors lets goooo Fred !! Un gars m’a rangé mes bâtons dans mon sac car devant moi, quelques 18 km de descente…. Bon donc ça commence par la corde, on s’y tenant, ça n’est pas hyper difficile. Une fois lâché la corde après 100m de descente, on attaque la neige.. comme c’est encore pentu, c’est tobbogannnnn, il est bien tracé, sur les fesses, hooooop on lève les pieds et ça glisseeeee, yihouuuuuuu !! J’ai les mains gelées mais ce n’est pas grave, vengaaaaa !! bon ça dure que 15/20 secondes… A ce moment-là, je ne vois qu’un coureur devant moi assez loin, et 2 coureurs derrière moi, on est déjà bien espacés, la nuit ne va pas tarder à être là… 

On reprend un petit single dans un pierrier pas facile et puis rapidement de nouveau un névé de neige, mais cette fois le toboggan tracé ne m’inspire pas, il laisse apparaitre des cailloux en dessous, aie aie aie le cucul !! J’opte pour passer plus sur la gauche, mais c’est bien en dévers, presque pas de trace, alors je mets les mains par terre, je creuse des pseudos marches freestyle, ça ressemble à rien, j’ai l’air d’un débile… et si je glisse, beinnnnnn c’est jusqu’en bas avec atterrissage dans les cailloux, super !! Bon ce n’est pas beaucoup plus bas, une 20aine de mètres, pas de risque de mort non plus, mais ça ne ferait pas du bien, c’est certain. Je m’en sors tant bien que mal mais très laborieusement pfiouuuu, quel chantier jusque-là !! Une fois passé cette dernière partie de neige, je retrouve un chemin « normal » et qui devient vite un chemin large de 4x4 qui descend assez cool où je peux enfin me mettre à courir sans retenu !! 
Et c’est partiiiiiit !! J’arrive à un autre « petit » ravito, 5km après le début de la descente – Governor Bassin où je m’arrête que 5 minutes, le temps de manger 2-3 conneries et bien boire pour les 13km de descente qu’il reste… Et c’est reparti, c’est à ce moment-là que je sors ma frontale, il est 21h et ça commence à devenir bien sombre ! La piste s’est encore élargie, c’est presque comme une route, sans goudron, large, peu pentue, ça dérouleeeeeeeeeeeee facile, je vais l’apprécier… au moins au début ! Donc je courir à bon rythme, enfin disons entre 10 et 11km/h, dans la nuit, l’impression de « vitesse » est là, c’est cool, plus de problème de souffle ou quoi, moi qui apprécie un faux plat descendant où il faut courir…. Surement une première !! hihihi !! 
Mais vu cette première partie de course, je ne peux que l’apprécier. Un peu plus bas dans cette descente, j’entends de la musique et des filles qui chantent ou crient, et là j’entends ma fameuse trompetteeeee, ahhhh mais c’est mon équipe youhouuuuu !! Coool de les voir ici, les filles se sont fait des couettes et répété une chorée qu’elles font à chaque fois qu’un coureur passe avec la musique à fond dans la voiture, énormeeeee !!  je m’arrête 2 minutes pour discuter et je reprends ma route en courant à l’aise mais en essayant de bien avancer quand même !! 

Je suis bien, aucun pépin physique, tout roule… bon la fin est un peu longue et monotone avec quelques replats où je marche, faut pas abuser non plus hein !! J’avais reconnu un peu avant Ouray avec Jean-François qui m’avait montré un passage sympa, mais que je vais donc faire de nuit… Je reconnais l’endroit où enfinnn, on tourne à gauche pour quitter cette large piste. Place à un single plat, d’environ 500m, qui débouche sur une passerelle avec un canyon d’une centaine de mètres sous nos pieds qui débouche lui-même sur un tunnel de 50m, bon il fait nuit, donc pas vraiment d’intérêt, à part celui que je sais qu’il ne reste plus très long jusqu’au ravito… Hoooop en effet, j’arrive enfin dans la petite ville d’Ouray qu’il faut traverser….. et là c’est long ! Il fait nuit, c’est plat et je marche, alors avant le ravito, peut être 800m, 1km, j’sais pas, mais c’est très long !! J’y suis enfinnnnnnnnnnnnnnnn après 1h27 pour les 12,9km depuis le dernier ravito. Pas trop mal avec les quelques parties où j’ai marché, ça fait une moyenne correcte et je vais pouvoir profiter de ce ravito d’Ouray, point le plus bas à 2350m – 72ème km, ce qui veut dire… pas encore la mi-course !! humhum !! 5h59 pour cette partie de 26 km. 16h24 de course pour ces 72km, et une avance de presque 5h sur la barrière…. Toujours ce paramètre qui m’obsède mais là… je vais donc prendre une bonne pause pour repartir avec environ 4h d’avance..

Je m’assois sur une chaise et toujours mes proches au taquet pour moi, merveilleux !! Elise, kiné, va même me faire un long massage des jambes pendant que je me ravitaille. Même si je n’aime pas trop ça car ça fait maaaaal, ça a le mérite de faire du bien après !! Ils commencent à savoir ce qui passe bien : soupe potatoes – œuf bacon – boisson style Sprite – remplir mes 2 flasks d’eau et la gourde avec une pastille de sel minéraux dedans.
Ce ravito est important pour moi car en sortant de là, c’est une montée de 1700m positif en 16/17km de nuit… J’y suis donc resté 56min, j’avais prévu 45min mais bon, il n’y a pas tant le feu au lac que ça !!
Bonne nouvelle, c’est à partir de ce point que les pacers sont autorisés (pacer = quelqu’un qui accompagne un coureur sur le sentier mais sans avoir le droit de porter son matériel ou de le ravitailler en route). Ma sœur est prête et elle part avec moi pour quelques kilomètres, cooooool !!

Partie 5 : Ouray 2350m > Grouse Gulch 3250m : 23,4 km / 1470m+ / 850m -


On repart d’Ouray et il faut retraverser toute la ville, en marchant évidemment histoire de remettre la machine en route. Pour le moment, ça va toujours assez bien je dois dire… j’ai beaucoup souffert sur cette première partie, mais dans ma tête, je me dis que la 2ème partie sera moins difficile et technique… on se rassure comme on peut, je ne suis pas encore à mi-course en effet…
Ça y est, on va sortir de la ville par un chemin en bord de canyon, alternant des marches, chemins, ça ne monte pas mal, mais avec des parties plates, un peu plus haut, on retrouve l’équipe qui est là sur le passage, ils sont partout youhouuuu !! On traverse la route, et hop on continue à monter. Ma sœur reste derrière moi, ça fait du bien de pouvoir parler à quelqu’un pendant qu’on avance. Car en plus d’être la plupart du temps tout seul, quand il y a du monde, c’est en Anglais, et en Anglais accent américain, alors là c’est du pur charabiaaaa souvent !! 

Notre partie alterne montées et descentes, on est à un rythme tranquille, petites foulées courantes en descente. Je connais cette partie pour l’avoir faite avec Jean-François en marche rando 3 jours plus tôt. Au bout d’environ 5km, hooop on débouche en bord de route au niveau d’un tunnel routier où commence véritablement la longueeeeee, très longue montée !! On retrouve les suiveurs, on discute 2 minutes et je laisse ma sœur avec eux pour m’enfoncer seul dans le noir dans cette montée. Après un bon petit raidillon de quelques centaines de mètres, ça laisse place à un bon petit sentier en lacets moins pentu. C’est cool, je prends mon rythme tranquille, on est bas en altitude, pas de problème de souffle ou quoi. Après ces lacets, c’est un sentier en traversée, en balcon, avec la lune qui est 3/4 pleine, elle éclaire un peu les montagnes, c’est joli et ça permet de voir un peu les reliefs et dans quel environnement je suis… c’est donc un sentier en balcon, pas hyper large et où il ne faut pas tomber sur la droite parce qu’il se pourrait que l’issue soit fatale… humhum, on entend le torrent sur la droite en contre bas justement, qu’on va longer un bon moment. Je suis bien, la pause à Ouray m’a fait du bien, le sentier n’est pas difficile, ça alterne montée pas raides, faux plats, et parfois des légères descentes. Personnes à l’horizon devant moi, personne derrière, je suis vraiment seul au monde dans cette montée en pleine nuit. La montée est longue mais je ne vois pas forcément le temps passer… j’arrive au ravito d’Engineer après 13km et 1400m de montée 4h après avoir quitté Ouray et 3h après avoir quitté ma sœur. Je prends le temps de m’assoir et là c’est les bénévoles qui sont adorables, serviables et au taquet pour nous, quel bonheur !! 
7 minutes à ce ravito de pause, à me ravitailler comme il faut. Il faut dire qu’en dehors des ravitos de la course, je ne mange absolument rien du tout, je ne fais que boire… Je repars tranquillement, toujours en montée, qui commence à être interminable et il ne fait pas méga chaud là-haut. Je suis toujours en short, mais j’ai un manches longues en dessous + une bonne veste chaude et coupe-vent ! Sur la fin de la montée, je vois que des coureurs reviennent de l’arrière, mon rythme n’est pas très élevé mais ça, je m’en fou !! J’arrive enfin en haut, et on se retrouve de nouveau sur une large piste de 4x4. La luminosité est vraiment déguelasse avec la frontale, sur un sentier large plein de poussière, on ne voit pas grand-chose au relief et au petit cailloux sur la piste. Et le premier problème pointe son doigt depuis un petit moment : les cloques sous les pieds… évidemment, on traverse des rivières toutes les 10 ou 15 minutes, les pieds sont mouillés depuis la rivière 3 km après le départ… Je commence à bien le sentir dans cette descente en faux plat descendant sur cette piste… Elle serpente, elle zigzague, elle fait des lacets, ça ne descend quasiment pas, pouarffffff, ça y est ça me soule déjà… je regarde ma montre régulièrement, mais la perte de dénivelé se fait trèèèèèèèèèèèèèèèès lentement, pfffff quelle horreur !! 
Heureusement, le ravito n’est pas trop bas… Le jour commence à se lever et ça fait plaisir car ça devenait très fatigant de lutter à bien regarder le sol avec la frontale… et les cloques commencent à être bien importante et chaque fois que je pose le pied sur un cailloux un peu de travers, aie !!
J’aperçois au loin les voitures et la tente du ravito, enfin !! J’y arrive, il fait assez froid, et….. mon équipe n’est pas là, contrairement à ce qui était prévu… aie aie, bon bein pas d’affolement toutes façons, je m’assois et les bénévoles sont toujours là pour nous, donc je demande mon rituel. Et quelques minutes après, mes suiveurs sont là, ouffff ça fait plaisir !! Ici, je décide de changer de chaussures et chaussettes pour voir si c’est mieux… quel choc quand j’enlève mes chaussettes et que je vois mes pieds tout blanc, tout ridé, comme si c’était une seule cloque qui s’étendait sur tout le pied… pwa pwa pwaaa !! Je mets les autres chaussettes puis enfile les autres chaussures – La Sportiva, Akasha, alors que jusque-là j’étais avec New Balance, Leadville.
J’ai dû mal à les mettre, et je sens que c’est pire qu’avant… mais bon, il faut le temps que ça re-chauffe donc je laisse comme ça. 

37 minutes d’arrêt quand même ici, je prends mon temps, car après je ne revois pas mon équipe avant presque 50km, soit une éternité !!! Et de plus, là je pars pour attaquer le plus haut sommet de la course à presque 4300m…
Je repars donc bien retapé, à part mes cloques qui me font bien mal, j’sais pas ce que ça va donner cette histoire… 

Partie 6 : Grouse Gulch 3250m > Sherman 2900m : 21,7 km / 1300m + / 1600m –


Cette montée je la connais, Jean-François m’a emmené faire l’aller-retour tranquille en début de semaine… ça sera un bon avantage je trouve. Comme il m’avait montré, on peut la découper en 4 parties : 1km de lacets qui monte gentiment, c’est cooool pour mettre en jambes, 1km de traversé un peu plus pentu où j’essaye de gérer une allure « confort », 1km de presque-plateau, moins pentu, dans le vallon, très appréciable !! C’est là d’ailleurs où une marmotte semble vouloir jouer avec moi, elle arrive dans le chemin juste devant moi, j’ai le temps de sortir la go-pro et de filmer, elle s’en va quand je m’approche mais dès que je m’éloigne elle revient, trop mimi !!! 

Et puis on termine par un peu moins d’1km un peu plus raide qui amène à Américain Pass tout juste en dessous de 4000m d’où on aperçoit bien le montre d’Handies Peak, ce fameux sommet de cette Hardrock. Avant d’y grimper, il faut redescendre un peu, 300m négatif environ dans un vallon sympa, je gère comme je peux mes cloques…. Le début de la remonter est dans un pierrier et donc je fais attention où je mets les pieds… il ne fait pas très chaud, à moitié au soleil et à moitié à l’ombre, il y a un bon petit vent et on est encore tôt le matin.. La fin de la montée est bien pentue avec des lacets et zigzagues, je n’avance pas très vite, mais beaucoup moins de soucis avec le souffle que dans la première moitié de course !! Il y a un peu de monde, et on entend toujours les « good job », « nice work », « good luck », ça fait plaisiiiiiiiiiiiiiiiir, et puis ohhhh une américaine qui parle un peu français, encore plus plaisiiiiiiiiiiiiiiir, on échange 3-4 mots (elle me fera coucou le lendemain d’ailleurs). Et j’arrive enfin au graal de cette course : Handies Peak, majestueux à presque 4300m d’altitude, il y a du vent mais la vue est incroyable !! Pas un nuage, et vue à 360 degrés, c’est absolument magique !! Je reste un moment en haut, le temps de filmer, de me faire prendre en photo et hooooop, il faut redescendre touriste !! 

La première partie de cette descente n’est pas simple, en single bien pentue, avec des petits gravillons et poussières qui fait que ça glisse bien, il faut faire gaffe !! Mes jambes vont nikel mais je commence à bien sentir les cloques en descente. On reste en single un moment, le chemin n’est pas de tout repos, toujours avec quelques cailloux, même s’il est moins pentu. Plus je descends et plus je sens la chaleur, la matinée passe, le soleil est là, encore une belle journée en perspective !!
Je suis content d'arriver à burrows park, la partie est plus haute est faite, c'est un soulagement !! Je prends un peu de temps mais pas trop ici car il y a un autre ravito plus conséquent 5km plus loin, plutôt descendant sur le profil.. donc je repars.. Ça commence par une large piste de 4x4 plate donc je pars en marchant.. plein soleil, là ça chauffe les oreilles.. Je suis resté en manche longues quand même pour éviter les coups de soleil car.... pas de crème solaire !!! Fuck !! 

Au bout d'1km c'est toujours plat, ça me saoule.. Il y a bien des parties faux plats descendante où je cours mais ça dure 27 secondes puis de nouveau plat...
J'attends le virage suivant pour voir quand ça descend, hop ça tourne... mais toujours plat de merde... cava durer comme ça... 4km peut être !!! Je suis excédé... interminable est un petit mot... j'essaye de prendre sur moi, de déconnecter toutes pensées... mais c'est plus fort que moi... toujours du plat... quelle horreur, j'en peux plus !!! Je me demande même si je ne me suis pas planté car par une seule balise depuis 3km... puis au bout de l'ennuie, enfin j'aperçois des flèches qui descendent dans un chemin en forêt. un chemin improvisé pour la course je pense car un peu freestyle avec les cailloux, racine, herbe.. en bas j'aperçois des panneaux annonçant les menus du ravito... ah coool !! On y est bientôt.... mon cul !!! En bas me revoilà partie sur la route à plat... une longue ligne droite où je ne vois pas la fin... je m'arrête et me retourne en me demandant si le ravito était pas sur la gauche au niveau des panneaux mais ça m'étonnerait... je continue sur cette route de merde à plat, toujours en marchant.. il fait 8000 degrés... j'en peux plus moralement !!! Et enfin au bout de cette ligne droite comme sortie de nulle part le ravito... pfiouuuu et bah enfin !!! 

J'ai fait mettre un sac ici car difficilement accessible aux suiveurs à moins de faire 200km de détour...
Je m'assois et les bénévoles toujours au tooop du top qui me servent tous mes trucs, un régal !!
Quand j’arrive à ce ravito, j’ai 4h15 d’avance sur la barrière horaire, Je fais donc 22 minutes de pause, histoire de repartir avec environ 4h d’avance, j’arrive à maintenir cet écart, je suis content !! Je me suis refait un petit mental et hop il est l’heure de repartir avec les encouragements et avec la phrase qu’ils ont tous à la bouche maintenant : « kiss the rock », toujours sous une bonne chaleur et une chaleur au plus haut sur la tête !! 



Partie 7 : Sherman 2900m > Cunningham 3150m : 31 km / 1910m + / 1690m -


Après un peu de plat, c’est reparti pour de la montée, une montée assez facile, dans la forêt qui serpente gentiment. Je suis assez bien encore physiquement, moralement, bien aussi, ce sont des parties beaucoup plus simples que la première moitié, même si parfois c’est assez long… On ne peut pas tout avoir hein !!

Et puis, je sors de la forêt et à partir de là le terrain s’aplatit encore, ça devient vraiment en faux plat montant, en plein soleil, dans un vallon, et là ça va commencer à devenir long, trèèèèès long justement. Ça vallonne en faux plat montant, puis descendant, aucune idée de là où on va. Evidemment, je fais en marchant, même les faux plats descendants, ils sont peu pentus donc difficile de courir… et c’est de nouveau une partie qui va me paraître interminable… personne devant, personne derrière, siiiii au bout d’un moment, une fille que je croise souvent (et sa pacer) me rattrape au moment de passer une longue rivière  où on ne voit même pas le fond, et qu’on longe un peu dans l’eau, bon ça devient une habitude maintenant, dans ce dernier valon, on a dû traverser 7 ou 8 fois ou 10 fois la même rivière en 7 ou 8 km alors bon, c’est la routine… bref, les filles me rattrapent là mais après je repars plus vite en marchant, et je ne les vois plus derrière.

Ah et puis à partir de cette fin d’aprem, les hallucinations commencent à arriver tout doucement hihi… oui oui ouiiii, je les attendais ces coquines, elles sont là. Ça commence par les cailloux qui deviennent tous des objets miniatures : voiture, maison, légo, enfin tout et n’importe quoi, mais en miniature, c’est énorme, j’adoreeee !! Les formes d’arbres aussi ou de souches, ou les brindilles d’herbes sont d’autres formes : des chiens, d’autres animaux, des objets, enfn c’est le folkloreeee absolu hihi !!

Ça continue à vallonner interminablement, on passe enfin au lac Cataract là-haut, c’est à 3700m « seulement » donc plus aucun problème avec le souffle ou quoi, puis on redescend, mais une descente en faux plat, toujours le même style, où je cours très très peu… Je vais attendre longtemps ce prochain ravito que je ne vois jamais venir…. Et puis tout à coup au loin le voilààààà ! Pole Creek enfin ! Un ravito posé là au milieu d’une plaine, cela devient une habitude… Et oui depuis le départ, nous avons traversé que 2 petits villages (Telluride et Ouray), et rien d’autres…. J’arrive à ce ravito, accueilli par une jeune de 10 ans environ « welcome in Pole Creek », trop mimi !! Elle me demande tout de suite ce que je veux, alors elle va me remplir mes flask d’eau, je reste debout sur ce ravito, à peine 5 minutes d’arrêt le temps de boire ma boire style Sprite, 2 manger 2-3 conneries et hop j’enquille sur la suite, j’en ai marre de cette partie !!! La jeune, en partant me sort tellement mignonnement : « Fred, Kiss the Rock for us » (= Fred, embrasse le rocher pour nous) !! Elle ferait presque sortir une larme pfffff !! Je repars en faux plat montant…. 

Interminable ces faux plats, elle est longue cette partie, vraiment pas dur, mais moralement hyper longue ! Passage à Maggie Pass à 3800m puis à nouveau une descente, un peu plus marqué mais dans un chemin tellement étroit que c’est difficile de courir, et avec mes cloques qui menacent d’exploser à chaque instant, je ne suis pas hyper à l’aise. Il n’y a que 200m négatifs à descendre, je vois le ravito en bas, les gens crient et font sonner des cloches. J’y arrive enfin, et là je vais prendre le temps de m’asseoir un peu… 14 minutes de pause, comme dab à manger et boire, avant d’attaquer l’avant dernier col à 4000m, je ne m’emballe pas, mais je commence à peine à y croire à ce moment-là…. Je repars en montée, c’est une montée un peu plus marquée ici, « seulement » 300 ou 400m positif à monter jusqu’en haut, ça va passer assez bien. J’ai juste eu un doute sur l’itinéraire à un moment dans un endroit hyper pentu, je m’égare un poil trop sur la gauche et je n’aperçois plus de balise…. Pas bonnnn ça bordel !!! heureusement, je rebrousse un peu chemin et je les aperçois vite juste à 30m plus loin donc pas de dégât, ouffff !! Le soleil est en phase de coucher et j’ai pile la coucher de soleil quand j’arrive en haut, absolument magnifique !! Je m’arrête pour faire vidéo Go Pro et photos…. Obligé, dernier col à un peu plus de 4000m (reste encore 2 un poil en dessous de 4000m)!! Il ne fait pas chaud par contre, donc je mets ma capuche pour couper un peu du vent. Je repars en courant pour la descente, et en 1 minute le ciel change de couleur, alors je m’arrête à nouveau pour une photo… 

Je repars et 2 minutes plus tard, encore plus beau alors je m’arrête encoreeeeeee, pire qu’un touriste Japonnais le gars, incroyable !!! Je repars, mais….. Devinez ?? je m’arrête 1 minute plus loin même chose… Pour vous dire comment c’est beau !! J’aurais envie de rester un bon moment !! Bon allez, j’ai 150m à descendre jusqu’à un vallon avant de remonter plus loin un petit col. Pendant que je suis dans la descente, j’entends un « allez, allez » !! Ohhhhh putain, un françaiiiiiis !! Je crie, « un françaiiiis ? », et il me répond « ouiiiii, allezzzz » !! Mais qui ça peut bien être ? Je mets un moment avant de voir que c’est Thierry, un photographe français, là pour Xavier et aussi Trails Endurance Mag, qui fait des photos du coucher de soleil, au bord d’un lac, avec la lune… le spot est sympa !! Alors en bas je vais le voir, je cours presque comme un cabri, même sur une petite bosse, je cours comme un débile !!! Je m’écarte un peu du chemin pour aller le saluer, on discute 2 minutes et il me dit que c’est un endroit sympa pour faire des photos… alors je repars sur le sentier, et petit shooting photo, « Fred, rapproche-toi plus de la crête », Je m’arrête, je fais un saut, bras et jambes écartés, aieeeeee, il me fait mal celui-là hihihi !! Puis je repars en courant pour d’autres photos !!! Rigolote petite séance sortie de nulle part au coucher de soleil !! Un peu plus loin je croise, David et Alexis, les 2 autres français photographe, on discute aussi 2 minutes et hop je repars pour cette petite montée de 150m. Bien pentu cette fin de col, et je commencerais presque à sentir les km dans mes jambes !! Et voilà, avant dernier col, il commence à bien faire sombre alors je sors ma frontale. Je vois que je suis toujours en avance sur la barrière horaire toujours d’un même écart de presque 4h d’avance, je commence à être enfin plus serein !!

La descente, est hyper chiante.. C’est très pentu au début, la lumière de la frontale ne rend rien du tout sur cette surface un peu poussiéreuse, caillouteuse, avec un peu d’herbe, on voit très mal… et ça va durer comme ça toute la descente, Je rattrape 4 personnes, dont je ne sais même pas s’ils sont de la course, je ne crois pas d’ailleurs, qui me suivrons un moment. C’est long la fin, j’ai les pieds qui chauffent comme il faut, je commence à voir les lumières des voitures et du ravito en bas, où je vais enfin retrouver mes suiveurs… je ne les ai pas vu depuis…. presque 16h de course, c’est lonnnnnng, long c’est le mot de cette partie d’ailleurs, vous l’aurez compris, presque tout en faux plats merdiques… bref !!



J’arrive enfin à ce DERNIER ravitoooo, le tout dernier bordel !! Avec 3h45 d’avance sur la barrière horaire… là je me dis que je vais aller au bout, seulement à partir de cet instant-là !!! Il me reste 7h45 pour faire les 15 derniers km….. ça serait con de bloquer là !! Donc je retrouve tout le monde et je vais prendre mon temps. Un peu plus de 30 minutes de pause, à bien manger, ma soupe patate, mon bacon/patate/œufs, mon boisson sprite, 2 bout de pastèque, voilà en gros !! Ma sœur s’équipe pour faire cette dernière partie avec moi. Enfin ça sent (presque) bon !! putain de bordel de merde (oups désolé) ! mais là je le sens bien. Mais encore faut-il monter une dernière fois tout là-haut. Un coureur arrive complètement mal ici, il s’allonge, mort, aie aie dur pour lui !! Hop hop hop il faut y aller !!

Partie 8 : Cunningham 3150m > Silverton 2835m : 15 km / 850m + / 1170m -


Je mets un peu de temps à remettre mes cloques en ordre de marche.. surtout qu’on commence par……. traverser une rivière juste en sortant du ravito… Alors cette partie-là, jusqu’à l’arrivée, je la connais, je l’ai faite 5 jours avant, en 2h15 sans forcer…. Ma sœur reste derrière moi, comme ça je peux prendre mon propre rythme, tranquillement, au bout de 3minutes, on rattrape le gars qui était mort au ravito, il semble à l’agonie et n’avoir aucun équilibre… pas tooop, bon il est avec un pacer alors on se s’attarde pas sur lui… à peine on le double, qu’on l’entend vomiiiiir tout ce qu’il peut, et bein lui il est pas arrivé en haut… Ça monte assez raide sur cette montée, je ne reconnais pas trop, et me rappelais plus que ça montait autant… 

Les hallucinations sont toujours là, je n’en parle pas trop à ma sœur car j’en vois une toutes les 5 secondes hihihi !! Ça monte raidee, et de plus en plus raide, mais bizarre je n’avais pas ce souvenir lààààààà… Il me semblait que ça se calmait un moment.. mais que dalle, de plus en plus pentue… je suis mort là !! Je m’arrête pour souffler, je lève la frontale et je vois que c’est encore le même mur, droit dans la pente, pffffff, et ça pendant 5, 6, 7 fois… ça n’en finit plus de monter… je vois les balises réfléchissantes tout en haut, pwarffffff !! Pas du tout ce à quoi je m’attendais…. Ma sœur est derrière, elle n’a jamais dépassé 3300m d’altitude en rando, et là on monte, 3600m – 3700m, elle est là, souffle un peu mais ça va… bon il faut dire qu’à mon rythme d’escargot farcis, ça va !! Ahh je crois que ça se calme, bein oui sur 10m et bimmmm lacet à gauche et ça remonte en mur de merde !!! J’suis au bout du rouleau là… heureusement on semble en voir la fin, 3900m, encore 75m et on sera en haut… Il fait assez froid avec un peu de vent… on se couvre bien et enfin on arrive en haut !! Je fais une pause sur le chemin, pendant que ma sœur essaye de grimper hors-piste pour aller symboliquement au 4000m hihi, ce qu’elle n’arrivera pas à faire…. Et là qui arrive 3 minutes derrière moi ?? le gars vomito à l’agonie du ravito et du bas de la montée… ouaaa ouf le gars !!


On fait une petite photo et on repart. Un chemin plat un moment, et sur la gauche je vois une espèce d’immense « toile de tente » faisant des dizaines de mètres de côté et je ne manque pas d’interpeller ma sœur : « euhhhh qu’est-ce que tu vois là à droite ? », « bein la montagne, avec un peu de neige »… Ah bein oui, moi la neige, c’était les fenêtres de ma tente !!!

On est au dernier cooool, incroyable, il ne reste que de la descente….. je n’y crois pas, après tout ce chemin parcours, ça sent bon l’arrivée !! Bon à cet instant, je n’y pense pas trop, je ne pense pas à grand-chose d’ailleurs, je suis complètement mort de fatigue… 43h de course, sans dormir, je commence à prendre cher !! Le début de la descente est hard, très pentu, ça glisse, le ravin juste à côté…. Je vois le gars vomito juste devant qui titube, ne tient pas en équilibre, tombe tous les 10m, il me fait vraiment peur !!! Je le double, j’essaye de ne pas tomber, je m’équilibre avec mes bâtons, c’est chaud patate.. Mais sœur fait la technique du crabe… Après le terrain est un poil moins pentu mais toujours bien technique avec des cailloux qui me font mal aux cloques. Et enfin on arrive sur la piste de 4x4 !!! Je retire ma veste car il fait un peu moins froid et hop, je veux me mettre à courir pour finir plus vite… mais c’est une piste de 4x4 certes, mais avec des cailloux partout…. Dur dur !! Alors je demande à ma sœur de passer devant, et de choisir les trajectoires et les endroits où il y a le moins de cailloux, et je suis derrière… alors on fait du droite-gauche-milieu-gauche-droite en permanence, mais ça m’aide énormément…   

Ça commence à être long, et je fatigue sérieusement… je suis un semi-zombie derrière ma sœur, heureusement que je cours pour ne pas m’endormir… enfin je cours : je ne sais pas si être à 5 ou 6 km/h en courant, c’est courir hihi ?!! Ohhhh petite pause caca prout pwet, et hop ça repart à fonnnnnnnnnnd à 5km/h… Hop bifurcation à gauche que j’avais repéré avant, un peu de plat et nouvelle traversée de rivière et après il reste 5km de vallonnée plus ou moins plat jusqu’à Silverton et c’est là que commence l’enfer….
Je commence à marcher et tout de suite la fatigue et le sommeil remonte… et va s’en suivre une longue lutte de débile pour ne pas s’endormir… j’ai froid, je remets ma veste de pluie pour me réchauffer un peu, j’avance en marchant, mais maintenant c’est moi qui titube… c’est une peine d’avancer… je tape dans des cailloux qui n’existe même pas, ma sœur est devant moi, elle avance de 10m puis elle m’attend 5m en me mettant la frontale dans le visage, elle essaye de me parler… et moi en fait, toutes les 8 secondes, je perds le chemin de ma vision, puis il réapparaît 3 secondes plus tard, c’est un truc de fou… je perds carrément la vision du chemin qui revient quand je tape une racine ou un cailloux !! je m’endors en marchant clairement… Mes bâtons sont rangés depuis qu'on avait rejoint la piste de 4x4 là-haut... ça remonte de temps en temps !! Je suis un total zombiiiiiiiiiiiiiiiie… je mets les mains dans les poches car j’ai froid aux mains, ce qui m’équilibre encore moins.. c’est une catastrophe !!! Je vois le chemin 4 secondes puis il disparait 5 secondes, pfiouuuuuu, il réapparait 7 secondes, puis hooop fantôme 3 secondes, c’est un calvaire !!! J’en peux plus… Passer les quelques rivières en passant sur les troncs d’arbre est tellement dur, je n’ai plus aucun équilibre… Quand il faut marcher sur des cailloux, les cailloux bougent…. Mais ils bougent que dans mon esprit, pas dans la réalité, c’est un sketch !! 

On sort enfin de la forêt dans un semblant de course à 4,2 km/h pleine vitesse mode zombie… Juste à ce moment-là un coureur arrive de derrière, il n’a pas l’air hyper frais non plus, je reconnais Marc, un américain, qui l’a déjà fait…… 17 fois !!! On se salue et il part en courant dans la ville tandis que moi je vais en marchant.
On retrouve mon équipe qui attend là dans le noir et le froid depuis un moment, ça fait plaisiiiiiiiiiiiir !!!! Ils vont marcher avec moi le dernier km dans la Silverton… On retrouve un peu de lumière, on parle donc ça me réveille un peu et puis l’excitation de l’arrivée et ce fameux rocher qui nous aura tous fait tant rêver (ou cauchemarder) !!
J’suis dans un tel état de zombie que sur le moment j’ai du mal à réaliser que je viens de faire cette boucle…. Virage à gauche, avant dernière ligne droite... je vois 2 frontales derrière qui reviennent, ils ne vont quand même pas me doubler sur la ligne.... Alors hop je fais quelques foulées en courant, et malgré tout ça ne va pas trop mal, à part mes cloques qui m'auront bien fait souffrir sur le dernier tiers de course !! 

Virage à droite, pour rentrer dans le couloir d'arrivée.. ce couloir dont jamais je n'aurai cru y entrer un jour, ce couloir que j'avais vu en photo ou vidéo les années avant, ce couloir qui mène tout droit à ce rocher mythique. Et bein je suis dans ce couloir, toujours en marchant..... je n'ai pas fait tant d'heures pour le faire en courant !!! Je prends mon temps, avec le sourire (je crois), je salue un américain que j'ai croisé plusieurs fois et qui me félicite, et puis voilà ce fameux moment, je lève les bras sous l'arche et puis j'embrasse ce rocher ! (l'histoire retiendra au même endroit qu'Anna Frost!!!)



Je l'ai fait, me voilà Hardrocker !! Qui l'aurait cru ? 


Juste après Dale, le grand manitou de cet évènement hors norme me passe la médaille autour du cou puis c'est une grande et franche accolade "à l'américaine" ! Je le remercie !! Après j'embrasse et remercie aussi mes proches qui ont été absolument extraordinaire tout au long de ces 2 jours, sans qui il aurait été impossible d'aller au bout !! 


Jamais je n’aurai imaginé un jour faire cette course, jamais, jamais !! Et me voilà finisher ici…

Merci Maman d'être venue me voir à l'autre bout du monde et pour tout le soutien de A à Z
Merci Papa d'avoir trimbalé tout ce petit monde aux 4 coins du Colorado sur des routes freestyles et pour tout le soutien
Merci Mélanie ma sœur pour ton aide sur les ravitos et surtout le pacer 5km après Ouray et cette dernière partie où j'aurais fait une nuit entière à dormir sur le bord du chemin sans toi
Merci Ela pour toute l'aide des ravitos et tous les allers-retours pour aller me chercher tout ce dont j'avais besoin, formidable !!
Merci Elise pour toute l'aide au ravito aussi et le super massage à Ouray qui m'a fait énormément de bien
Merci à Jean François Geiss, autre français de la course, qui m'a hébergé quelques nuits, m'a détaillé le parcours, de long, en large, en travers, m'a accompagné sur des sorties repérage avant, pour ta bonne humeur, et les très nombreuses rigolades qu'on a pu avoir !! Tu as été un véritable repère pour moi, un peu (voir complètement) perdu dans cette magnifique petite ville de Silverton !! Enfin quoique se perdre là-bas est difficilement possible hihi
Merci à toutes les personnes qui m'ont aidé au financement de ce projet :
Merci à mon partenaire / magasin où je travaille également Running Planet Genève d'où quasiment tous mes équipements proviennent, un véritable luxe de pouvoir bénéficier du meilleur matos possible pour ce genre d'épreuve
Merci à tous les bénévoles, qui ont été et qui sont incroyables de gentillesse, de motivation et d'aide sur les ravitos où je n'avais pas mon équipe
Merci à tous ceux qui m'ont envoyé ou poster des messages avant / pendant / après l'épreuve, c'est une vraie source de motivation supplémentaire qui nous pousse quand on est au bout du rouleau, vraiment !!
Merci à Seb Chaigneau, Julien Chorier, Joe Grant, Anna Frost, qui m’ont donné des infos sur la coursedans les jours ou les mois d'avant.
Merci à tous ceux qui n'y ont pas cru, vous m'avez donné juste la force qu'il fallait pour aller au bout
Merci à vous tous encore du fond du cœur d'avoir fait de moi un Hardrocker !
Et enfin merci à mon short à fleurs roses et au pouvoir du Nutella ! 

Qui l'aurait cru ?

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